Evénément: Fourmies, un 1er mai dans le sang


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La fusillade de Fourmies dans la presse nationale.

Le Petit parisien est un des grand quotidiens français à la veille de la Première Guerre mondiale.

Fourmies et le 1er mai (1): chronologie








Exécution par pendaison des leaders anarchistes du 1er mai de Chicago, accusés d'avoir lancé une bombe sur les policiers (11 novembre 1887).

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1ere semaine de mai 1886, à Chicago : Les ouvriers de l’usine McCormick de Chicago entament le 1er mai un mouvement de grève pour obtenir le passage à la journée de 8 huit heures sans perte de salaire (la journée de travail était alors de 10 heures). Le mouvement s’accompagne de violences entre la police et les ouvriers. Les dirigeants du mouvement, accusés d’avoir lancé une bombe sur les policiers, sont condamnés à mort.

 

1889 : L’Internationale ouvrière, une organisation qui se donne pour objectif de réunir l’ensemble des mouvements ouvriers du monde, est fondée à Paris. Elle décide de faire du 1er mai une journée de manifestations dans le monde pour réclamer la journée de 8 heures.

 

1er mai 1891 : Une fusillade fait 10 morts à Fourmies, une ville textile de 16000 habitants du Nord de la France, où les ouvriers sont en grève pour réclamer la journée de 8 heures.

 

4 mai 1891 : Près de 30 000 personnes assistent aux funérailles des victimes, encadrées par l’armée. 39 journaux  (de province, de Paris et de Belgique) ont envoyé des reporters.

 

5 mai 1891 : A Paris, les députés adoptent, à l'unanimité des votants, une aide exceptionnelle de 50 000 francs aux familles des victimes (consulter le texte officiel des débats sur Gallica).


9 mai 1891: Malgré l'intervention restée célèbre de Clémenceau, les députés refusent d'accorder l'amnistie aux manifestants arrêtés le 1er mai (consulter le texte officiel des débats sur Gallica ou seulement le discours célèbre de Clémenceau).

 

Juillet 1891 : Paul Lafargue et Hippolyte Culine sont condamnés à des peines de prison pour provocation à l’émeute.

 

Novembre 1891 : Paul Lafargue est élu député du Nord.

 

1903 : Un monument est élevé à Fourmies en hommage aux victimes de la fusillade.

 

1919 : En France, la journée de travail est ramenée à 8 heures.

 

1920 : La Russie bolchévique fait du 1er mai, fête des Travailleurs, un jour chômé.

 

1941 : Le gouvernement de Vichy fait du 1er mai, correspondant à la Saint-Philippe, le jour de la fête du Travail.

 

1947-1948 : La loi du 29 avril 1948, modifiant celle du 30 avril 1947, fait du 1er mai un jour férié et chômé. Le 1er mai n’est plus appelé « Fête du Travail ».

La fusillade de Fourmies, symbole des luttes ouvrières

Le contexte

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Paul Lafargue.

Gendre de Karl Marx, fondateur avec Jules Guesde du Parti ouvrier français, il est député du Nord de 1891 à 1893.

Lire sa biographie sur le site de l'Assemblée nationale.

Le Parti ouvrier de France (POF), fondé par Jules Guesdes et Paul Lafargue, est particulièrement bien implanté dans le Nord, où une importante population ouvrière travaille dans le textile, dans les mines de charbon et de fer et dans la sidérurgie.

Ce parti a contribué à fonder l’Internationale ouvrière et à faire du 1er mai une journée de mobilisation.

Fourmies est une ville textile du Nord. Entre 1820 et 1891, sa population est passée de 2000 à 16000 habitants grâce au développement de l’industrie de la laine peignée.

 

Les ouvriers, mécontents de leurs conditions de travail et encadrés par le POF, décident de se mettre en grève le vendredi 1er mai 1891.

 

Le programme est celui d'une journée de fête.

Le matin, au terme d'une manifestation, les ouvriers doivent porter leurs revendications à la mairie. En plus de la journée de 8 heures, ils demandent notamment l’amélioration des conditions de travail et d’hygiène, la suppression des amendes ainsi que la création d’une bourse du travail et d’une caisse de retraites pour les ouvriers. 

L’après-midi, des festivités étaient organisées et devaient se terminer le soir par un bal.

De leur côté, les partons essayent d’enrayer le mouvement : ils placardent des affiches dissuadant les ouvriers de se mettre en grève et convainquent le maire de demander des renforts. Le sous-préfet d’Avesnes enverra en tout 2 compagnies d’infanterie (300 soldats). 

La fusillade

A 9 heures, les filatures de la ville sont en grève, sauf une. Les ouvriers s’y rendent pour essayer d’empêcher les « jaunes » de travailler. Quatre manifestants sont alors arrêtés par les gendarmes. Devant la protestation de la foule, le maire s’engage à les faire libérer à 17h.

Les prisonniers n’ayant pas été libérés, à 18h15, 200 ouvriers se rassemblent devant la mairie pour réclamer à nouveaux la libération de leurs camarades. Face à eux se trouvent 300 soldats équipés de nouveaux fusils, les fusils Lebel, particulièrement meurtriers puisque leurs balles, d’une portée de 4 kilomètres, peuvent traverser trois corps humains si elles sont tirées à moins de 100 mètres.

Chahutés par la foule, qui ne s’attend pas à une réplique violente, les soldats tirent. La fusillade, qui dure moins d’une minute, fait 9 morts (et encore un 10è, décédé de la suite de ses blessures, le lendemain) et une trentaine de blessés. Parmi les morts, on compte une jeune femme de 18 ans, un enfant de 11 ans et un jeune homme de 21 ans. Les témoins et les journaux soulignent l’intervention d’un curé, l’abbé Margerin, sorti de sa maison pour demander l’arrêt des violences et porter secours aux victimes. 

Postérité

Fourmies, petite ville industrielle de l’Avesnois, devient un symbole de l’histoire française mais aussi, plus largement, du mouvement ouvrier.  

En France, l’événement est récupéré par différents groupes opposés. Le mouvement ouvrier fait de Fourmies le symbole de la répression de ses luttes par la République française bourgeoise. L’Eglise catholique souligne le rôle de l’abbé Margerin, à un moment où Rome tente de prendre en main la question ouvrière (l’encyclique Rerum novarum, qui proclame que la société doit « venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu'ils sont pour la plupart dans une situation d'infortune et de misère imméritées » est publiée le 15 mai 1891 par le pape Léon XIII). La droite antisémite, en la personne d’Edouard Drumont, auteur du Secret de Fourmies (1892), accuse le sous-préfet juif Issac d’avoir fait tirer des Français sur d’autres Français.

 

Fourmies devient en tout cas un symbole populaire, comme l’attestent la chanson populaire et l’iconographie qui l’accompagne, témoins également des interprétations conflictuelles de l’événement, qui s’appuient sur des thèmes républicains (drapeau français) et universalistes (le sacrifice des amoureux dans Les fiancés du Nord, le sacrifice de la mère ou la fraternité dans Les fusillés de Fourmies, dont on peut lire les paroles sur Wikipedia) ou au contraire, ouvriers (comme c'est le cas dans la Marseillaise fourmisienne) (2).


Notes

1- Ce titre s'inspire de celui de l'ouvrage dirigé par Madeleine Rebeyrioux, Fourmies et les premier mai, Paris, 1994. Voir le Google Book.

2-Voir Dillaz S., "Diffusion et propagation chansonnières au XIXè siècle", Romantisme, 1993, 23/80, p. 57-66. Lire l'article sur Persée. Je n'ai pas trouvé les paroles de la Marseillaise de Fourmies. Si vous les avez, n'hésitez pas à me contacter.


Pour compléter

Une analyse par Danielle Tartakowsky de photographies de l'événement sur le site de l'Histoire par l'image. Danielle Tartakowsky est l'auteur de La part du rêve. Histoire du premier mai en France, Paris, Hachette, 2005. Voir le Google Book.

Un récit bien construit de la journée sur le blog de l'association Escapades Sambre-avesnoises.

On peut consulter également l'article "Fusillade de Fourmies" sur Wikipedia.

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