Bruges, port drapier au coeur d'une économie-monde naissante














Le beffroi de Bruges, une tour carrée de 83 m. surmontant une halle, a été construit, d'abord en bois, en 1240. Le carillon, en partie mécanisé au XVIè s., se compose de nos jours de 47 cloches.


By L. Ellis (http://www.flickr.com/people/lellis_sjca/)/Wikimedia [CC BY 2.0]

Un port majeur du grand commerce médiéval

Surnommée la Venise du Nord, classée depuis 2000 au patrimoine mondiale de l'Unesco, Bruges est, entre le XIè et le XIIIè s. une ville marchande de renommée internationale. Elle compte à la fin du XIIIè s entre 42 et 46000 habitants, ce qui en fait une des plus grandes villes d'Europe, entourée de près de quelque 6800 mètres de remparts et 9 portes. Elle fait partie, au XIIIè s., de la Hanse (voir Glossaire). 

Un quart des habitants y vit alors du commerce international: hôteliers, changeurs, courtiers, et un autre quart de l'industrie textile, qui côtoie d'autres industries de luxe comme le travail du cuir, l'orfèvrerie et la tapisserie.

C'est au XIIè s. qu'un violent ras-de-marée est venu former un bras de mer, le Zwin, qui relie Damme à la mer du Nord, ouvrant à Bruges le grand commerce maritime, même si les navires doivent transborder (décharger vers des embarcations de plus petite taille) leur marchandise à Damme, puis, plus tard, à Sluis, en raison de la faible profondeur de la voie navigable et de l'ensablement. Celles-ci arrivaient ensuite au coeur de la ville, où les accueillaient débarcadères et entrepôts.

La principale production consiste dans de luxueuses étoffes de drap, réputées pour leur finesse et leur solidité, fabriquées à partir de laine importée d'Angleterre, dont Bruges possédait le privilège d'étape (voir Glossaire). La laine est exportée vers les principaux centres flamands, Gand, Ypres, Douai, Lille. Les étoffes précieuses sont exportées dans toute l'Europe par les marchands flamands.

Les marchands étrangers, italiens, allemands, espagnols, portugais, anglais, écossais, résidaient dans les auberges qui entourent la Grand'Place. 

Une ville de marchands

Le beffroi, construit au XIIIè s., est au début une tour en bois. C'est un bâtiment commercial: il abrite la halle aux laines et aux draps et des entrepôts. La tour est plus particulièrement le symbole du pouvoir communal: c'est ici, jusqu'à un incendie qui détruit l'ensemble des archives en 1280, que se réunissent les échevins et que sont conservées les chartes de privilèges et la trésorerie de la ville. C'était enfin une tour de garde, notamment pour signaler les incendies dans la ville. Le carillon annonçait l'ouverture et la fermeture des portes de la ville ainsi que le début et la fin du travail.

C'est au début du XIIè s. (à la fin des années 1120) que Bruges s'entoure d'une enceinte et obtient du comte de Flandres une charte de privilèges qui lui permet d'être désormais gouvernée par des échevins élus par les bourgeois de la ville. C'est eux qui déterminent la fiscalité (les impôts) et organisent la défense de la ville.

Les marchands les plus riches et puissants sont organisés en guildes. Les métiers, eux, s'organisent en corporations. Ils dépendent des matières premières que leur apportent les guildes, qui fixent également l'organisation du travail, la qualité de la production et les salaires.

Au début du XIIIè s., les ouvriers de métier, formant le parti des Klawerts, soutenu par le comte de Flandres et le roi d'Angleterre, se révoltent contre les riches marchands, soutenus par la France et formant le parti des Leliaerts et conquièrent le droit d'organiser eux-mêmes la production et de participer au pouvoir politique. 

Au coeur de l'économie-monde naissante

L'historien Fernand Braudel a parlé, pour qualifier la puissance commerciale de certaines villes européennes à l'époque moderne, d'économie-monde. Ce terme qualifie un espace organisé autour d'un centre qui organise les échanges économiques et qui dispose des moyens (capitaux, infrastructures, savoir-faire) nécessaires au développement des échanges internationaux.

Le terme d'économie-monde a ensuite été repris par les économistes et les géographes pour décrire une économie-monde globale qui concerne l'ensemble de la planète est qui est organisée par une multiplicité de centres.

Entre le XIè et le XIIIè s., le développement du grand commerce autour de villes comme Bruges est une étape du développement d'une économie-monde européenne puis mondiale.

Pour approfondir

-André Vandewalle, "Bruges, ville européenne millénaire", Clio.fr, février 2004. Lire.

-"Les villes flamandes", Les Belges, leur histoire... et celle de leur patrie, la Belgique. Lire

-Bruges sur le site de l'Unesco: présentation et vidéo.

-Le beffroi en vidéo sur le site du Monde (édition abonnés) et l'article de Wikipedia.

-Braudel définit l'économie-monde à l'émission de B. Pivot, Apostrophes, en 1979. Regarder sur le site de l'INA.

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