De Tenochtitlan à Mexico: naissance d'une ville coloniale


Mexico-Tenochtitlan, au moment de la conquête (1519-1521) par Cortès, est une cité lacustre, jumelée avec Tlatelolco, à l'Ouest du lac Texcoco, au fond d'une cuvette au milieu des montagnes. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

By Lago_de_Texcoco-posclásico.png: Yavidaxiu/Valley_of_Mexico_c.1519-fr.svg: historicair 13:51, 11 September 2007 (UTC)/Derivative  work: Sémhur (talk)/wikimediia [Creative Commons Attribution_Share Alike 4.0 International, 3.0 Unported, 2.5 Genreric, 2.0 Genreric and 1.0 Generic] 

 

De la ville aztèque à la ville coloniale

Prise par Cortès entre 1519 et 1521, Mexico est le produit urbain de la conquête espagnole: produit de l'exploitation du travail et des richesses des Aztèques, mais aussi de l'imposition à l'espace urbain des symboles civils et religieux de la puissance espagnole. Pour étudier la transformation par les espagnols de Mexico en ville coloniale, on peut utiliser les documents suivants:

-Des extraits de codex coloniaux:

Les codex mésoaméricains sont une des sources écrites principales de l'histoire de l'Amérique précolombienne (c'est-à-dire antérieure à la découverte de ce continent par Christophe Colomb). Il en existe deux grands groupes chronologiques: ceux qui sont produits sur papier d'amate (fabriqués à partir de fibres végétales), avant l'arrivée des colons et ceux qui sont faits sur papier européen et qui comportent des textes en espagnol. Leur format est également différent: les codex précolombiens forment une longue bande de papier pliée tandis que les codex coloniaux ont la forme d'un livre fait de feuillets reliés. 

Le codex Azcatitlan, anonyme et rédigé sur papier européen, relate l'épopée des Mexicas (habitants de Mexico avant la conquête espagnole) de leur départ d'Aztlan (lieu mythique qu'ils quittent pour aller fonder Tenochtitlan, l'actuelle Mexico) à l'après conquête espagnole.

Le codex Mendoza porte le nom du premier vice-roi de Nouvelle Espagne, qui en est le commanditaire, et était destiné à être envoyé au roi d'Espagne. Ce codex va de la fondation de Mexico à sa conquête par les Espagnols et donne une description de la vie quotidienne de ses habitants.

-Les productions de la recherche archéologique, notamment la maquette de l'enceinte sacrée qui enserrait, au centre de Mexico, les principaux sanctuaires, en particulier le Templo Mayor, et bâtiments politiques. Le Templo Mayor, dont le site a été exhumé accidentellement en 1978, nous était jusque là principalement connu par les témoignages des conquérants et par les représentations qu'on en trouve dans les codex. Le palais de Moctezuma II nous est également connu par les récits espagnols. Les archéologues en auraient exhumé le site en 2008, sous les bâtiments du musée de la Culture.

-Des vues contemporaines des monuments coloniaux de la place du Zocalo, notamment le Palacio Nacional (palais de la Présidence), héritier du palais de Cortès et la cathédrale métropolitaine, construits avec des réemplois des bâtiments aztèques détruits. La cathédrale n'est plus celle de Cortès (détruite pour être remplacée par un bâtiment plus grand). Sa construction s'étale de 1573 à 1813, mais son volume et la décoration baroque de sa façade principale (attention, les tours campaniles sont néo-classiques) et de son intérieur, avec la confiscation par les colonisateurs de l'aigle, à l'Assomption de la Vierge, montrent l'imposition symbolique accomplie par les Européens dès leur arrivée.

Néanmoins, si l'on affine l'échelle, on se rend compte que la conquête de l'espace urbain et la constitution de la Mexico coloniale se fait selon des modalités et des temporalités qui invitent à analyser plus finement les enjeux symboliques et territoriaux que nous venons de présenter. Pour s'en rendre compte, on peut lire une étude consacrée à l'appropriation par les colonisateurs du quartier de Tlatelolco par Arnaud Exbalin dans le dossier Canopé consacré au Mexique.

Pour approfondir

Les codex mésoaméricains

Ce plan de Mexico, réalisé en 1524 et conservé à la bibliothèque Newberry de Chicago, montre Mexico entourée des eaux du lac Texcoco. Au centre, la ville, divisée en quatre quartiers correspondant à un découpage cosmogonique reprenant les quatre points cardinaux, est dominée par le Templo Mayor et les autres bâtiments religieux et politiques de l'enceinte sacrée. 

 

 

 

 

 

By Wikimedia [Public Domain]

Maquette du Templo Mayor et des autres bâtiments de l'enceinte sacrée.

Musée national d'anthropologie.

 

By Steeve Cadman/Wikimedia [CC BY-SA 2.0]

Archéologie de Tenochtitlan

 By Ubewar/Wikimedia [CC BY-SA 3.0]

 

Le Zocalo, au cœur de la ville coloniale, prend la place de l'ancien quartier sacré aztèque. L'architecture de la place a beaucoup évolué depuis l'époque de Cortès, mais elle reste symboliquement le centre de la conquête coloniale de l'espace, notamment à travers la cathédrale et le Palacio national (4è et 5è bâtiments en partant de la gauche de l'image).

 

La conquête monumentale et territoriale de l'espace urbain

 

Façade baroque (voir Glossaire) du XVIIè siècle de la cathédrale de l'Assomption. Remarquez l'organisation sur trois niveaux (l'horloge est du XIXè s.), l'alternances des lignes droites et des arcs de cercle, les volutes latérales, doublées et orientées perpendiculairement à l'axe de la façade, les colonnes bombées et à double ornementation et les niches contenant des sculptures de personnages de l'histoire chrétienne. Le médaillon central, représentant l'Assomption de la Vierge (montée au ciel sans décès préalable), est surmonté de l'aigle, symbole aztèque de Tenochtitlan, que les Mexicas aurait fondée à l'emplacement d'un cactus sur lequel le rapace dévorait un serpent.

By Thelmadatter/Wikimedia [Public Domain]

Article "Zocalo" de Wikipedia.

Arnaud Exbalin, "Un quartier de Mexico-Tenochtitlan face à la conquête et à la colonisation: Tlatelolco", in Le Mexique, 3000 ans d'histoire, Canopé, collection Pour mémoire, 2011. Lire l'article. Lire le dossier.

 Article "cathédrale métropolitaine de Mexico" de Wikipedia. A compléter (au moins par les images) par les articles en anglais et en espagnol.

Carmen Bernand, "La Nouvelle-Espagne, le Mexique à l'époque coloniale", Clio.fr, 02/2001.

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