La vie de saint François d'Assise peinte par Giotto

Giotto (v.1266-1267-1337) est un peintre, sculpteur et architecte italien originaire de la Toscane. Fils d'un paysan, il aurait été repéré par le peintre Cimabue qui lui aurait proposé de rejoindre son atelier. Il est particulièrement connu pour ses fresques religieuses, notamment celles de la basilique d'Assise, représentant l'hagiographie (voir Glossaire) de saint-François et celle de l'église de l'Arena de Padoue, représentant la vie de Saint-Antoine.

Dans les 28 fresques de l'église supérieure de la basilique d'Assise, peintes dans les années 1290, Giotto glorifie la figure de saint François en représentant les épisodes majeurs de sa conversion et de sa rupture avec le monde, de son œuvre religieuse consacrée à la fondation et au développement de l'ordre des franciscains, de sa canonisation (voir Glossaire) et de ses miracles.

Ses fresques renouvellent la peinture murale médiévale tout en conservant des éléments traditionnels liés à la fois à des conventions stylistiques (liées au style) et religieuses.









Saint François offre son manteau à un mendiant. Cet épisode symbolise, avec un autre, où Giotto montre François dénudé, renié par son père et réfugié dans le giron de l'Eglise, le renoncement aux biens matériels et la charité.

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La mise en perspective du paysage

Les deux images visibles sur cette page se distinguent, par rapport aux peintures murales romanes (qui datent des XIè et XIIè siècles), par l'introduction d'une profondeur de champ marquée par l'apparition d'une perspective. Il ne s'agit pas encore de la perspective fuyante telle qu'elle sera codifiée à la Renaissance. Mais dans la fresque du mendiant, le paysage se dérobe au loin à partir du croisement de deux lignes correspondant aux flancs des deux collines et laissant deviner un chemin à travers la vallée. La tête auréolée du saint se trouve au point de croisement, qui est le centre de la fresque.

Dans la fresque d'Arles, la profondeur est produite par la géométrie du bâtiment et l'alignement parallèle du toit et des rangées de disciples fermées à droite par le banc de bois.

Cette introduction de la profondeur modifie le rôle des éléments de contexte. En effet, dans la peinture romane, ils forment une sorte de fond décoratif plat. Les scènes représentées ont une valeur symbolique (elles reprennent les conventions religieuses) ou historique (elles rappellent des événements). Elles peuvent s'organiser sur plusieurs registres (éléments horizontaux) empilés. Ici, dans les deux images, l'arrière-plan n'est pas un décor mais un paysage (fresque du mendiant) ou un cadre spatial (fresque d'Arles, dans laquelle les moines sont assis dans la salle du chapitre  - voir Glossaire - de leur abbaye). Giotto place la scène qu'il décrit dans un espace réel.

Une peinture plus naturaliste

La peinture murale gothique, notamment chez Giotto, introduit en effet des éléments de réalisme. C'est une peinture naturaliste au sens où elle cherche à figurer (montrer) le réel tel qu'on le voit. Notez dans les deux images le soin apporté aux éléments d'architecture, au nuances de couleur, au drapé des vêtements. Regardez le réalisme de la représentation du corps (animal et humain) et de ses attitudes (nuques ployées, visages levés, dos courbés), soulignées par l'expressivité des regards.

Contrairement à la peinture romane, très hiératique (dans laquelle les figures semblent figées), la peinture de Giotto met ses sujets en mouvement et cherche à représenter l'instantanéité de leurs émotions. Alors que dans la peinture romane, les visages représentent plutôt des attitudes conventionnelles, symboliques, ici, les visages renvoient à l'intériorité des personnages, à leur psychologie.

 

 

 

 

 

 

 

Giotto, Saint François apparaît au chapitre des Frères à Arles, pendant le sermon de saint Antoine, fin du XIIIè s.

Antoine de Padoue est un disciple de saint François que ce dernier, impressionné par ses qualités oratoires et son érudition, envoie prêcher en Italie et en France dans les années 1220.

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Un symbolisme toujours présent

La peinture de Giotto, si elle rompt avec une peinture hiératique et codifiée (qui obéit à des codes et des conventions), reste néanmoins très emprunte des symboles de la peinture romane, en particulier lorsque les scènes prennent place dans un cadre strictement religieux, comme ici, à l'intérieur d'une abbaye.

Si vous regardez bien la figuration du décor, elle n'est pas tout à fait réaliste: on voit à la fois l'intérieur et l'extérieur, le toit et le ciel, comme si Giotto avait réalisé une coupe dans le bâtiment. Cela renvoie à la pratique romane qui consistait à utiliser les éléments architecturaux comme décor et non comme contexte, tout en la dépassant.

Si vous vous concentrez maintenant sur les attitudes, vous verrez que les deux saints sont comme étrangers à la scène. Tous deux dotés d'une auréole qui est "collée" au fond (elle n'est pas mise en perspective, ce qui fait qu'elle se retrouve sur la joue d'Antoine, qui se présente de profil), ils sont également représentés dans une attitude figée et conventionnelle. Antoine a l'attitude classique du clerc qui croise ses mains sur son abdomen tandis que François, figuré comme une apparition, légèrement en hauteur, a les deux mains levées en croix. Le réalisme est malgré tout présent dans l'intensité du regard que le saint jette sur la salle.

Un saint mendiant représenté dans son individualité

Les fresques de Giotto s'insèrent dans un cadre où l’Église entend se rapprocher des fidèles dans un contexte de crise: critique du pouvoir du clergé, diffusion des hérésies. Elles donnent, à travers la figure de saint-François, l'image d'une Église de la pauvreté et de la charité.

L'hagiographie ne sort pas du registre habituel: récit des grands moments de la vie du saint et de sa consécration. Ce qui est nouveau en revanche, c'est l'inscription sensible de la figure individuelle du saint dans un temps et dans un lieu. Entourée du réel (de ses paysages naturels et humains) et non d'un décor conventionnel, la vie du saint est posée comme exemplaire sans être écrasante. La proximité temporelle (François est mort moins de 70 ans plus tôt) contribue sans doute à faire du saint un homme parmi les autres hommes, un homme comme les autres hommes. C'est précisément cela qui fait la légende de saint François.

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