De la décolonisation à la mise en place de nouveaux Etats

Avant de commencer

Mode d'emploi

Les critiques de la colonisation et le nationalisme anti-colonial

Notions de cette partie du cours: anticolonialisme, décolonisation. 

 

La décolonisation du monde s'est opérée entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le milieu des années 1970.

Elle s'est déroulée de manière plus ou moins conflictuelle ou pacifique, plus ou moins rapide ou progressive, plus ou moins unilatérale (=décidée d'un seul côté) ou négociée. 

Activité 1. Facultative. Durée: moins de 10 minutes.

Pour un premier contact avec les enjeux de la décolonisation, je vous propose de regarder une interview de Geogres Balandier sur le site de FranceTV Education.

Georges Balandier est, avec Alfred Sauvy, un des inventeurs du terme Tiers-Monde.

Dans l'interview, réalisée en 2008, Georges Balandier propose une synthèse de la décolonisation française. Regardez la vidéo (5 minutes 45) et répondez, si vous le souhaitez, au quizz auto-correctif qui la suit.

Surtout, essayez de répondre à la question suivante: Quels deux types de décolonisation Georges Balandier oppose-t-il? Donnez des exemples. 

Les empires coloniaux en 1945

Les empires coloniaux en 1945. Picaballo/Wikimedia [C-BY-SA 3.0]

Activité 2. Obligatoire. Durée: 5 minutes.

  1. Dans quelles régions du monde se trouvent les territoires colonisés?
  2. Quelle région du monde possède la majorité des colonies en 1945?
  3. Quelles sont les deux principales puissances coloniales et où s'étendent leurs possessions?

Solutions ici.

Les critiques de la colonisation hors du monde colonisé avant 1945

En Europe, la colonisation fait consensus (=elle fait l'objet d'un large accord). Les pays colonisateurs considèrent leur empire comme un appui de leur puissance:

-économique (source de matières premières, marché de consommation)

-stratégique (les possessions coloniales assurent la présence de la métropole sur les différents continents et océans)

-culturelle (les colonies sont le relais de la langue et de la religion des métropoles). 

 

Malgré tout, des voix s'élèvent contre la colonisation en Europe. Les anticolonialistes sont souvent proches de la gauche communiste. Leur critique porte souvent sur trois points: les autorités commettent des actes injustes envers les populations colonisées, les populations des colonies vivent dans la misère sans que l'Europe s'en préoccupe, la colonisation est une invention du capitalisme: c'est un système d'exploitation.

 

Activité 3. Facultative. Durée: moins de 10 minutes.

Pour prendre une idée de la critique du colonialisme, je vous propose de lire deux textes des années 1930 sur le site du magazine L'Histoire.

Le premier, de l'écrivain Albert Camus, décrit la misère dans les villages de Kabylie (en Algérie française) en 1939.

Le second, de la journaliste Andrée Viollis, s'indigne des iniquités (=injustices) du pouvoir colonial en Indochine française (dans l'actuel Vietnam) en 1935.

 

L'exacerbation de l'anticolonialisme après la Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale exacerbe l'anticolonialisme, au sein des populations colonisées et hors du monde colonisé, pour plusieurs raisons.

-Les victoires et conquêtes japonaises en Asie pendant la Seconde Guerre mondiale sont venues relativiser la supériorité de la civilisation occidentale, de "l'homme blanc".

-Les empire coloniaux ont, pendant un temps, subi l'occupation des forces de l'Axe, ce qui a fragilisé la domination de leurs métropoles.

-Les populations colonisées ont participé à l'effort de guerre et estiment être en droit d'obtenir des compensations.

-Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis et l'URSS tiennent des discours anti-impérialistes qui fragilisent les fondements de la colonisation. 

-La charte de l'ONU (signée en 1945 à San Francisco) insiste sur la dignité et les droits de la personne humaine ainsi que l'égalité entre les nations.  

 

Activité 4. Facultative. 5 à 30 minutes.

Je vous propose ci-dessous deux ressources que vous pouvez consulter pour mieux prendre conscience des éléments expliqués ci-dessus.

 

La première est une vidéo portant sur le plan américain de relèvement des Philippines. La seconde présente le Préambule de la Charte des Nations Unies.

 

 

L'indépendance des Philippines (1946).

Cliquez sur l'image pour voir la vidéo.

En 1946, les Etats-Unis donnent leur indépendance aux Philippines, qu'elles viennent de libérer de l'occupation japonaise. Les Philippines appartenaient aux Etats-Unis depuis 1898. Elles avaient reçu un statut de semi-autonomie en 1935. Après la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis mettent en place un programme d'aide au relèvement de l'archipel (les Philippines sont un ensemble de plusieurs îles). C'est sur ce point que porte la vidéo (durée: 25 minutes), que vous n'êtes pas obligé(e) de visionner dans son intégralité. 

 

 

Préambule de la Charte des Nations Unies (San Francisco, 26 juin 1946). Tiré de "Charte des Nations Unies", Wikipedia.

 

« Nous, peuples des Nations unies

Résolus 

à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances,
à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites,
à créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international,
à favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande,

Et à ces fins

à pratiquer la tolérance, à vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage,
à unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales,
à accepter des principes et instituer des méthodes garantissant qu’il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans l’intérêt commun,
à recourir aux institutions internationales pour favoriser le progrès économique et social de tous les peuples,

Avons décidé d’associer nos efforts pour réaliser ces desseins

en conséquence, nos gouvernements respectifs, par l’intermédiaire de leurs représentants, réunis en la ville de San Francisco, et munis de pleins pouvoirs reconnus en bonne et due forme, ont adopté la présente Charte des Nations unies et établissent par les présentes une organisation internationale qui prendra le nom de Nations unies. »

La critique nationaliste anti-coloniale

Au sein des populations colonisées, dès les lendemains de la Première Guerre mondiale, se développait une idéologie nationaliste anti-coloniale. Cela signifie que certains penseurs ou militants ont commencé à critiquer la colonisation en affirmant que leur peuple formait une nation, un groupe doté d'une identité commune. Ces penseurs demandaient aux Européens de reconnaître cette identité nationale en donnant à leur peuple l'autonomie (la possibilité de décider eux-mêmes de leurs affaires intérieures) ou l'indépendance (la possibilité de devenir un Etat-nation).

 

De nombreux textes permettent de se faire une idée du développement d'un nationalisme anti-colonial. Je vous en propose deux ici, à travers une activité facultative et une autre, obligatoire.

 

Activité 5. Facultative. Durée: 10 à 15 minutes.

Vous pouvez lire l'un des plus célèbres textes du nationalisme anti-colonialiste en cliquant ici. C'est la déclaration lue par le nationaliste hindou Gandhi lors de son procès pour subversion (=volonté de renverser le pouvoir en place) en 1922. Ici, ce grand leader explique à la fois son attachement au principe de la non-violence et les raisons pour lesquelles il est devenu indépendantiste.

 

Activité 6. Obligatoire. Durée: 10 minutes.

Je vous propose de travailler surtout sur la déclaration d'indépendance du Vietnam par Hô Chi Minh, plus courte et d'une lecture plus facile. 

 

 

Originaire du Vietnam, Hô Chi Minh (1890-1969) est le fils d'un fonctionnaire déchu (=qui a perdu son poste) de l'administration coloniale française en Indochine.

Il fréquente dès sa jeunesse les nationalistes vietnamiens.

Il fait ensuite un tour du monde, s'employant à divers travaux pour gagner sa vie.

A cette occasion, il fréquente les nationalistes irlandais (qui veulent libérer l'Irlande du Royaume-Uni) et se rapproche du communisme. Il est même désigné par le parti communiste d'Union soviétique pour répandre le communisme en Asie. 

Hô Chi Minh fonde en 1930 le parti communiste indochinois.

En 1943, il se rapproche des Américains pour tenter de libérer l'Indochine, occupée par les Japonais.  

Cliquez ici pour ouvrir le texte de la déclaration d'indépendance.

 

  1. A quel empire colonial appartient le Vietnam?
  2. Dans quel contexte (=situation générale qui entoure un événement) ce discours est-il prononcé?
  3. Quels textes célèbres Hô Chi Minh cite-t-il en appui de sa déclaration d'indépendance? Moi, j'en ai compté quatre. Vous en connaissez au moins trois.
  4. Faites la liste des reproches qu'Hô Chi Minh adresse à la métropole (= la France).
  5. Le discours d'Hô Chi Minh est nationaliste: il proclame l'existence d'une nation Vietnamienne unie qui a le droit à son indépendance. Quelles phrases du texte le montrent? 

 

Solutions ici. 

Utilisez la Google Map pour localiser les différents Etats et lieux cités dans la leçon. 

Une décolonisation en trois vagues et en plusieurs modèles

Notions de cette partie du cours: anticolonialisme, décolonisation. 

 

La décolonisation se déroule en trois vagues: 

-1945-56 : Asie du Sud et Proche-Orient

-1957-65 : Afrique 

-1966-1975 : Sud de l'Afrique (empire colonial portugais).

Une indépendance accordée, des pays déchirés: la partition de l'Inde

L'indépendance des Indes reste aujourd'hui le symbole d'une décolonisation dans la violence.

Les Britanniques contrôlent l'ensemble du sous-continent indien depuis le milieu du XIXè s.

Ils sont confrontés depuis la première moitié du XXè s. à un mouvement pour l'indépendance, dominé par les figures de Gandhi et de Nehru. Ces deux partisans de la non-violence et d'une Inde unifiée sont de religion hindouiste, comme la majorité de la population, installée dans la partie centrale du pays.

En revanche, le Nord du pays est majoritairement musulman. Ici, un mouvement indépendantiste, concurrent de celui de Gandhi et Nehru, la ligue musulmane, demande la formation d'un Pakistan séparé du reste de l'Inde.

Le 15 août 1947, le vice-roi des Inde, Lord Mountbatten, finit par accorder aux Pakistanais ce qu'ils demandent, avec l'accord de Gandhi et Nehru: les Britanniques s'en vont et l'Inde est coupée en deux Etats (on appelle ça la Partition). D'immenses mouvements de réfugiés accompagnent la Partition.

En le 30 janvier 1948, Gandhi est assassiné par un nationaliste extrémiste indien qui le tient responsable de la Partition de l'Inde, synonyme pour lui d'affaiblissement.

Historicair/Wikimedia [CC BY-SA 3.0]

Vidéo 1. Cliquez sur l'image pour visionner.

Vidéo 2. Cliquez sur l'image pour visionner.

La Nouvelle Delhi (ou New Delhi) est la capitale du nouvel Etat Indien majoritairement hindouiste. 

Vidéo 3. Cliquez pour visionner.

Activité 7. Obligatoire. 10 minutes.

  1. Pour chaque vidéo, dites à quel événement lié à l'indépendance et à la partition de l'Inde elle se rapporte.
  2. Répondez à la question de synthèse suivante: Pourquoi peut-on dire que l'indépendance de l'Inde est un modèle de décolonisation violente?

 

Solutions ici. 

Des indépendances arrachées : la guerre d'Indochine et la naissance du Vietnam, du Laos et du Cambodge

Le Vietnam, le Laos et le Cambodge obtiennent leur indépendance, comme l'Algérie (étudiée dans la partie B du chapitre), suite à une guerre qui les oppose à la France. Provoquée par la déclaration unilatérale (décidée sans concertation avec la France) du Vietnam et par l'échec des négociations qui l'ont suivie, elle dure de 1946 à 1954.

Le Viet Minh, un groupe armé créée par le parti communiste vietnamien, commence dans un premier temps par se livrer à une guérilla contre le pouvoir colonial. Il contrôle la moitié Nord du Vietnam.

Une guérilla est une guerre qui n'oppose pas deux armées, mais un (ou des) groupe(s) armés au pouvoir en place. Le Viet Minh harcèle les forces d'occupation et tente de soulever la population.

En 1949, la Chine devient communiste. Elle apporte son aide au Viet Minh, qui a désormais les moyens de livrer une véritable guerre aux Français. 

La défaite des Français à Dien Bien Phu, en mai 1954, est décisive. En juillet 1954, les accords de Genève mettent fin à l'occupation française et reconnaissent 4 Etats indépendants. En plus du Laos et du Cambodge, le Vietnam est divisé en deux Etats: le Vietnam Nord, communiste et le Vietnam Sud, proche du bloc occidental.

La longue bataille de Dien Bien Phu

Lorsque commence, en novembre 1953, la bataille de Dien Bien Phu, la guerre est déjà en train d'être perdue et les Français cherchent à remporter une victoire qui leur permettent d'entamer les négociations dans une position confortable.

Le Viet Minh est en train de progresse dans le territoire du Laos, jusqu'ici tenu par les Français.

Les Français s'emparent de la zone de Dien Bien Phu, une petite cuvette (une vallée prise entre des zones de relief) au Nord-Ouest du Vietnam, près des frontières du Laos et de la Chine, et y installent leur camp. 

L'idée était d'utiliser ce camp comme une base pour la reconquête du Nord-Ouest du Vietnam et du Laos. Mais rapidement, le Viet Minh encercle la zone puis s'en empare au bout d'un siège de deux mois. Près de 3300 soldats français sont morts dans la bataille et un peu moins de 12000 ont été faits prisonniers.

 

Activité 8. Durée: 10 minutes.

  1. Les vidéos ci-dessous (cliquez sur l'image pour visionner) sont des extraits de journal télévisé. Quel est le contexte de chacune?
  2. Les deux vidéos ont deux tonalités (=dégagent deux impressions) très différentes. Quelle tonalité domine dans la première? Dans la seconde?
  3. Molotov, cité dans la seconde vidéo, est le chef de la diplomatie russe. Que vient-il faire dans des négociations entre la France et les représentants de ses anciennes colonies indochinoises?

Solutions ici.

Une indépendance négociée: la naissance du Ghana

Kwame Nkrumah, héros de l'indépendance du Ghana (ex Gold Coast de l'empire britannique), est le premier a avoir mené une colonie subsaharienne à l'indépendance. 

Ecoutez sur RFI, dans une émission consacrée au portrait de Nkrumah, la partie consacrée à l'indépendance, entre 1 minute 36 à 4 minutes 56 (la barre de défilement est tout en haut de la page). 

Lisez maintenant, en cliquant ici, pour lire un article tiré du site Afrik.com, intitulé "Nkrumah, père du panafricanisme".

 

Activité 9. Durée: 10 minutes.

 

Emission radio

 

Soyez attentif au bruit de fond de l'émission radio. Où et quand sommes-nous? Que se passe-t-il?

Comment sont habillés les ministres du nouvel Etat qui apparaissent à la tribune?

Quels personnages importants sont présents dans la salle? 

 

Article

Quel est le parcours de Nkrumah jusqu'en 1957? 

Comment le panafricanisme (volonté d'émanciper l'Afrique et de l'unifier) s'incarne-t-il dans la politique menée par Nkrumah? 

Comment se termine la carrière politique de Nkrumah?

 

Solutions ici.

Les indépendances arrachées du Maghreb français

La vidéo ci-dessus (cliquez sur l'image pour visionner), tirée d'une émission de 1995, fait le bilan, à l'aide d'images d'archives des informations télévisées, de la décolonisation du Maghreb, c'est-à-dire du Maroc, de la Tunisie et de l'Algérie.

Les deux premiers sont, depuis le XIXè s., des protectorats. C'est un monarque (=un roi) qui exerce le pouvoir: le bey de Tunis (en Tunisie), le sultan (au Maroc). Mais la réalité du pouvoir est exercée par un résident général qui représente de la France.

Des mouvements nationalistes indépendantistes se forment dans la première moitié du XXè s. et se renforcent après la seconde guerre mondiale.

En Tunisie, Habib Bourguiba, un avocat qui a fait des études en France, dirige le mouvement indépendantiste: le Néo Destour. Les Français commencent par emprisonner les leaders nationalistes. Au Maroc, c'est le sultan Mohammed V qui occupe la place centrale dans la lutte pour l'indépendance. Les Français le renversent et placent au trône son cousin. Néanmoins, les violences se multiplient dans l'ensemble du Maghreb (émeutes et attentats contre les Français). La France accorde l'autonomie interne à la Tunisie en 1954. Le roi Mohammed retrouve le trône en 1955. Le Maroc et la Tunisie deviennent indépendant en 1956. Bourguiba devient président de la Tunisie en 1957.

Dans la vidéo, on voit le chef du gouvernement marocain signer l'indépendance avec le président français avant les scènes de joie au Maroc. On voit également Habib Bourguiba faire un discours.

En Algérie, les violences contre les colonisateurs commencent à la fin de l'année 1954. C'est le début de ce que les historiens appellent la guerre d'Algérie et qui dure jusqu'en 1962. En effet, l'Algérie est un département français et la France n'y renonce qu'au prix d'une guerre mais aussi d'une décision du général De Gaulle, (c'est lui qui s'exprime dans les dernières images de la vidéo) qui n'est pas partagée par beaucoup de Français. Elle sera traitée en partie B de ce cours.

 

Cliquez sur l'image pour visionner la vidéo.

Portrait officiel de Habib Bourguiba en président (1960)
Portrait officiel de Habib Bourguiba en président (1960)

L'Afrique noire, entre indépendances accordées et guerres sanglantes

Les colonies d'Afrique noire française reçoivent leur autonomie politique en 1956, avec la loi Defferre. Il s'agit de les préparer progressivement à l'indépendance, qui sera accordée en 1960. 

 

En dehors du Ghana et du Soudan (décolonisation dans les années 1950), l'Afrique noire britannique s'émancipe pacifiquement dans les années 1960.

 

En revanche, la décolonisation de l'empire colonial portugais (Mozambique, Angola, Guinée- Bissau et Cap-Vert) s'accompagne de guerres qui commencent en 1961 et ne se terminent qu'en 1975, après la chute de la dictature portugaise instaurée par Salazar dans les années 1930. Les indépendances, après des guerres sanglantes qui ont duré 15 ans, ne montrent pas l'atmosphère de joie qu'on pu connaître d'autres Etats d'Afrique noire. Elles débouchent par ailleurs sur des guerres civiles entre les différents mouvements indépendantistes, les uns soutenus par le monde communiste et les autres par l'Occident.

 

La vidéo ci-dessous montre la proclamation de l'indépendance de l'Angola, dans un atmosphère très lourde: défilés d'hommes armés dans les rues de Luanda (la capitale) et évacuation des soldats portugais. A peine le nouvel Etat créé, son président (Agostinho Neto) est contesté. Soutenu par l'URSS, il met en place un Etat communiste et son pouvoir évolue rapidement vers une dictature.  

Construire un nouveau monde indépendant

La naissance du tiers-monde

Voir les notions "tiers-monde" et non-alignement" dans la fiche de chapitre.

Le "tiers-monde", terme inventé aux début des années 1950 par Alfred Sauvy et Georges Ballandier, désigne trois réalités:

-des Etats nouvellement indépendants

-des Etats en pleine croissance démographique (=croissance de la population) mais incapables de répondre aux besoins économiques et sociaux de leur population

-des Etats qui constituent un troisième bloc, sortant ainsi de la logique de guerre froide. Dans l'idée de tiers-monde, il y a en effet aussi celle de non-alignement.

 

Les non-alignés sont les chefs d'Afrique et d'Asie, qui essayent de créer entre eux des solidarités pour résister aux pressions des deux grands blocs de la guerre froide: le bloc soviétique et le bloc occidental.

Les non-alignés se réunissent pour la première fois en 1955 à la conférence de Bandung, en Indonésie (ancienne colonie hollandaise, devenue indépendante en 1949). Dans le communiqué final de la conférence, les Etats s'engagent à :

-développer économiquement l'Afrique et l'Asie

-développer la culture africaine et asiatique

-contribuer, au nom des droits de l'homme et de l'auto-détermination (=le droit pour chaque peuple de choisir pour lui-même), à l'émancipation des pays colonisés

-refuser tout impérialisme et toute soumission des nouveaux Etats indépendants à une puissance extérieure

-préserver la paix

-œuvrer à l'égalité des "races" (c'est le mot qui est employé dans le texte du communiqué) et des nations.

 

Nasser, le président de l'Egypte est des chefs de file des non-alignés : il a tenu tête en 1956 aux Français, aux Britanniques et aux Israéliens. En effet, Nasser a nationalisé le canal de Suez, situé en Egypte mais contrôlé par les Français et les Britanniques. Ce canal a une très forte importance stratégique, car il relie la Méditerranée à l'Océan Indien par la mer Rouge. La France, le Royaume-Uni et Israël attaquent l'Egypte. Ils sortent vainqueurs du conflit militaire. Mais de nombreux Etats arabes suspendent leurs relations avec eux et les Etats-Unis condamnent l'intervention. Le canal de Suez reste propriété égyptienne. C'est une grande victoire diplomatique, qui fait de Nasser un héros, qui essaye d'unifier le monde arabe (il est panarabe, il adhère à une idéologie appelée panarabisme).

 

Cliquez ici pour voir une caricature qui montre Nasser faisant le grand écart au-dessus du canal de Suez pour empêcher les "communications internationales". L'auteur, David Low, est anglais. Appartenant au camp occidental, il accuse l'Egypte d'être de mèche avec la Russie. C'est pourquoi il a représenté le ministre soviétique des affaires étrangères, Chepilov qui, occupé à pêcher à la ligne, rit aux éclats. 

 

De fait, la Russie a régulièrement apporté son soutien aux non-alignés et de nombreux non-alignés étaient fortement influencés par le communisme (c'est le cas de Nasser, à qui l'URSS fournit des armes, de Nkrumah, comme on l'a déjà vu, mais aussi de Sokarno, le président indonésien, l'organisateur de la conférence de Bandung).

Dans la photo de gauche, Nasser hisse le drapeau égyptien dans la ville de Port Saïd après le départ des dernières troupes britanniques de la zone du canal de Suez. Le portrait de droite date de 1968.

Inventer de nouveaux modes de développement économique et social

 

Les anciens pays colonisés, devenus le tiers-monde, doivent affronter des difficultés économiques et sociales très importantes.

Ils sont d'abord confrontés à une forte croissance démographique. Une population très nombreuse d'enfants doit être scolarisée et formée et de nombreux jeunes entrent chaque année sur le marché de l'emploi.

Ils sont confrontés à des structures économiques qui ralentissent la production de richesse: les colonisateurs n'ont pas suffisamment développé l'industrie (il leur était plus rentable d'écouler leur propre production industrielle dans les colonies) et l'agriculture reste très traditionnelle. 

 

De nombreux Etats nés de la décolonisation vont mettre en place, pour développer l'économie, des modèles proches de celui de l'URSS:

-développement de l'industrie lourde (métallurgie, raffinage des hydrocarbures)

-développements de programme agricoles ambitieux, appuyés sur une politique de grands travaux (barrages, canaux).

Sur le plan social, ils tentent de moderniser leur pays en faisant reculer l'emprise des religions et des mentalités traditionnelles.

Néanmoins, ces politiques se heurtent à d'importantes difficultés:

-les programmes de développement économique coûtent très cher à l'Etat

-les sociétés résistent à une modernisation vécue comme imposée par la capitale.

 

 

Activité 10. Durée : 10 minutes.

Cliquez sur l'image pour accéder à la vidéo tirée du site de l'INA et à l'activité corrigée.

Tous les pays ne font pas le choix d'un mode de développement de type soviétique. C'est le cas par exemple du Maroc, qui contrairement à l'Algérie ou la Tunisie, refuse le modèle socialiste inspiré de l'URSS.

Mais dans tous les cas, les anciens pays colonisés continuent à dépendre des pays les plus riches et les plus puissants: leurs anciennes métropoles coloniales, mais aussi les Etats-Unis et l'URSS:

-leurs difficultés économiques les obligent à s'endetter auprès de ces pays

-leurs besoins de savoir-faire technologiques les rendent dépendants du soutien des pays riches.

Mais surtout, les pays du tiers-monde gardent toujours un retard économique:

-leurs économies sont surtout agricoles: elles produisent une valeur ajoutée faible (la valeur ajoutée est la valeur produite dans le processus de transformation et de commercialisation d'un produit).

-même quand ces pays s'industrialisent, ils n'ont pas la capacité de recherche et développement pour produire des biens industriels aussi sophistiqués (ordinateurs, fusées spatiales) que le monde riche, qui sont les produits à plus haute valeur ajoutée.

 

Inventer de nouveaux Etats-nations

Les anciennes colonies n'étaient pas, avant leur émancipation (et en dépit des discours nationalistes), des nations, c'est-à-dire des groupes se reconnaissant dans une identité culturelle et historique commune.

Les guerres civiles incessantes et les massacres entre ethnies opposées qui marquent l'histoire de l'Afrique noire montrent la difficulté qu'on eue les nouveaux Etats à se constituer comme des nations unifiées.

 

L'exemple des massacres entre Hutus et Tutsis permet d'illustrer ce point.

Les Hutus et les Tutsis, qui vivent en Afrique centrale, principalement au Rwanda et au Burundi, sont des groupes humains (on parle d'ethnies) culturellement et économiquement séparés. Au moment de la colonisation, les Hutus sont des agriculteurs tandis que les Tutsis sont des éleveurs. Le Rwanda et le Burundi appartenaient à l'ancien empire colonial belge. Les Belges se sont appuyés sur les Tutsis, qu'ils considéraient comme appartenant à une race supérieure, pour dominer les Hutus, qui étaient majoritaires. Depuis l'indépendance des deux pays en 1962, la situation est très tendue entre Tutsis et Hutus.

En 1994, le Rwanda a connu un génocide : près d'un million de Tutsis ont été massacrés par les Hutus. Les casques bleus de l'ONU, présents sur place, sont impuissants. Lors de la reprise du pouvoir par les Tutsis, des massacres ont également été commis contre les Hutus.

Aujourd'hui, le Burundi connaît une nouvelle montée des violences entre Hutus et Tutsis et les observateurs internationaux craignent un génocide.

 

Activité 11. Durée: 15 minutes. 

Cliquez sur l'image.

Du tiers-monde aux Suds 

Aujourd'hui, on ne parle plus de tiers monde, pour deux raisons:

A partir des années 1960, on commence à envisager les problèmes des anciennes colonies, mais aussi de l'Amérique du Sud et de l'Asie de l'Est (territoires décolonisés depuis longtemps ou jamais colonisés) comme étant les mêmes. On préfère alors parler de pays sous-développés (c'est-à-dire moins développés que l'Europe et l'Amérique du Nord).

C'est d'ailleurs dans les années 1960 qu'est créé le PNUD, programme des Nations Unies pour le développement.

On arrête ensuite de dire "sous-développés", car ce terme est trop péjoratif et on dit "en développement", pour insister sur le fait que le retard de développement n'est pas définitif. Aujourd'hui, on parle encore de PED (pays en développement), mais depuis les années 1980, un autre terme tend à s'imposer: celui de Sud économique.

En effet, en 1980, une commission de l'ONU propose de couper la carte du monde en deux à l'aide de ce que nous appelons la "limite conventionnelle Nord-Sud".

Au Nord de la ligne, les pays les plus riches et développés, au Sud, les pays les moins riches et développés.

Mais ce découpage en deux de la planète pose problème car le Sud économique est très divers. Les géographes le découpent en trois grands groupes: les pays émergents, les PMA et les PED.  C'est pourquoi on préfère aujourd'hui dire "les Suds", avec un "s" du pluriel.

Allez vite revoir et réviser la carte de la leçon Nouveaux rapports de force dans un monde bipolaire.

 


Fiche de chapitre: Décolonisation et construction de nouveaux Etats. Retrouvez-y les notions à connaître pour le bac.

 

Méthode de la fiche de révision ou, si vous préférez, fiche de révision à trous.

 

Chapitre suivant: L'Algérie de 1954 à 1962. 

 

Pour mettre en perpective: Le fait colonial, entre mémoire et histoire


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